Le phare d’Alexandrie a son jumeau numérique, bâti sur 4 896 blocs repêchés

Réalisée sous la direction de l’archéologue Isabelle Hairy, la réplique virtuelle s’appuie sur des blocs repêchés dans la baie, dont 4 896 recensés.

Guillaume Morel Par Guillaume Morel
3 min de lecture
Le phare d’Alexandrie a son jumeau numérique, bâti sur 4 896 blocs repêchés
Bateaux de pêche au mouillage devant la citadelle de Qaitbay, construite sur l’emplacement présumé de l’ancien phare d’Alexandrie.

En bref

  • Un jumeau numérique en 3D du phare d’Alexandrie a été conçu par une mission pluridisciplinaire.
  • Les blocs retrouvés dans la baie servent de base, les lacunes étant comblées par les textes et l’iconographie.
  • Le modèle permet d’étudier la tenue du monument face aux séismes et de le visiter en réalité virtuelle.

Le phare d’Alexandrie existe désormais sous forme de jumeau numérique en 3D, élaboré pour se rapprocher autant que possible de la réalité. Cette reconstitution est l’œuvre du projet Pharos, une mission scientifique pluridisciplinaire. D’après Presse-citron, l’archéologue Isabelle Hairy en assure la direction, et trois partenaires y ont travaillé de concert : le CNRS, Dassault Systèmes et le Centre d’études alexandrines.

France 5 doit montrer le résultat en prime time le 5 novembre, au sein de l’émission Science grand format. Jusque-là, seule la forme générale du monument était cernée, grâce aux écrits anciens et aux images laissées par l’Antiquité, monnaies comprises.

Ce que l’on savait du monument

Voici les repères établis sur l’édifice avant cette reconstitution.

Élément Repère
Origine élevé au IIIe siècle avant notre ère à l’initiative de Ptolémée Ier, un diadoque d’Alexandre le Grand
Hauteur 103 mètres
Durée de service plus de 16 siècles à guider les bateaux
Disparition effondrement lors d’un séisme, au XIVe siècle
Site île de Pharos, aujourd’hui occupée par la citadelle de Qaitbay, dont la construction a réemployé en partie ses pierres

Le monument figure en outre parmi les sept merveilles du monde. Son nom a d’ailleurs été donné à l’île où il se dressait.

Des blocs repêchés pour combler les lacunes

Plusieurs missions archéologiques ont permis de retrouver de nombreux vestiges au fond de la baie d’Alexandrie. Le décompte actuel est modeste au regard de l’édifice entier.

4 896blocs de pierre recensés, soit environ 10 % du bâtiment
70 tonnesle poids des montants de la porte d’entrée monumentale

Parmi les pièces étudiées, les montants de la grande porte d’entrée ont fourni des indications sur l’organisation interne de la tour. Pour tout ce qui manquait, l’équipe a confronté ces observations aux images anciennes et aux textes historiques, de façon à compléter les parties absentes.

Le point de départ du projet tient donc à un paradoxe : l’édifice a disparu depuis des siècles, mais la baie d’Alexandrie en garde la trace. Selon Presse-citron, ces trouvailles sous-marines, issues de campagnes archéologiques successives, forment la matière première que les équipes ont analysée avant de modéliser la tour entière. Une partie des pierres du phare a aussi servi à bâtir la citadelle de Qaitbay, installée sur le même emplacement.

Ce que permet le jumeau numérique

Au-delà de l’image, le modèle sert à calculer la solidité de la construction et les efforts subis par sa structure. Il aide aussi à comprendre comment la tour a tenu face à de nombreux séismes durant seize siècles.

« Le jumeau numérique et les simulations 3D conçus par Isabelle Hairy et nos ingénieurs engagés en mécénat de compétence ont permis de mieux comprendre comment ce monument a été conçu, et de lui donner une seconde vie en permettant sa visite virtuelle. »

Thibault de Tersant, président de la fondation Dassault Système

Le phare avait déjà reçu un traitement en 3D, notamment dans le jeu vidéo Assassin’s Creed Origins en 2017. Ce qui distingue la version Pharos, c’est l’étude scientifique et architecturale conduite en amont, qui donne une vision plus précise de l’agencement du bâtiment et une crédibilité bien supérieure.

Les scientifiques peuvent arpenter la reconstitution munis d’un casque de réalité virtuelle. Elle a été réalisée avec Teleport 1/1, un outil de Dassault Systèmes. Dassault précise enfin que les techniques employées pourraient s’appliquer à d’autres projets.

Thibault de Tersant, président de la fondation Dassault Système, résume l’apport du projet : « Le jumeau numérique et les simulations 3D conçus par Isabelle Hairy et nos ingénieurs engagés en mécénat de compétence ont permis de mieux comprendre comment ce monument a été conçu, et de lui donner une seconde vie en permettant sa visite virtuelle. »

Photo : Diego F. Parra / Pexels