Quatre opérateurs européens préparent une riposte commune à Starlink dans l’espace

Quatre opérateurs européens veulent candidater ensemble aux fréquences satellite 2 GHz pour connecter les smartphones sans dépendre de Starlink.

Guillaume Morel Par Guillaume Morel
3 min de lecture
Quatre opérateurs européens préparent une riposte commune à Starlink dans l’espace
Grandes antennes paraboliques de télécommunication par satellite installées en plein air.

En bref

  • Lettre d’intention signée le lundi 19 octobre 2026 par Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone.
  • Objectif : candidater ensemble aux fréquences de la bande des 2 GHz pour le Direct-to-Device.
  • Les opérateurs loueront une constellation tierce plutôt que de lancer leurs propres satellites.
  • L’ambassadeur américain Andrew Puzder a évoqué des représailles « dévastatrices » en cas de restriction visant Starlink.

Le lundi 19 octobre 2026, Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont fait savoir qu’ils venaient de parapher un accord préliminaire visant à examiner ensemble une possible demande d’attribution de fréquences satellitaires réservées à la liaison directe avec les smartphones, en dehors du circuit proposé par Starlink.

Les quatre groupes visent les bandes qui rendent possible le Direct-to-Device (D2D) : un mobile ordinaire peut ainsi dialoguer avec un satellite, sans équipement supplémentaire, dans les zones où le réseau terrestre fait défaut. Aucun des opérateurs ne prévoit de lancer sa propre constellation. Ils comptent s’appuyer sur un partenaire satellitaire tiers, encore à choisir, et se concentrer sur les infrastructures au sol, la coordination et la supervision du réseau en Europe. Selon Numerama, l’offre serait par la suite proposée en gros, sans exclusive ni traitement de faveur, auprès de l’ensemble des opérateurs mobiles, ouvrant ainsi la porte à Bouygues Telecom, Free ou SFR pour en bénéficier sur le territoire français.

Pourquoi la bande des 2 GHz change la donne

  • Les licences actuelles de cette bande sont détenues par les Américains Viasat et EchoStar depuis 2009, et elles expirent en mai 2027.
  • SpaceX a racheté une partie du spectre d’EchoStar en 2025 ; le transfert des licences européennes correspondantes est prévu pour 2027.
  • En mai 2026, la Commission européenne a proposé de scinder la bande en trois parts égales : usages gouvernementaux et militaires, nouveaux entrants européens, et accès ouvert à tous, Starlink compris.
  • Le bloc réservé aux usages gouvernementaux doit en priorité sécuriser les fréquences de la future constellation IRIS².

Le calendrier, de l’expiration des licences à IRIS²

  1. Viasat et EchoStar obtiennent les droits d’exploitation de la bande des 2 GHz.
  2. la Commission européenne propose son découpage en trois blocs.
  3. expiration des licences actuelles de Viasat et EchoStar, et transfert prévu des droits d’EchoStar vers SpaceX.
  4. premiers satellites d’IRIS² attendus selon Numerama ; 01net situe l’attribution des nouveaux droits à cette même échéance.
  5. mise en service d’IRIS² non attendue avant cette date, selon 01net.

Washington met en garde contre toute restriction

Selon le Financial Times, c’est précisément dans l’optique de rivaliser avec Starlink que ces quatre acteurs ont décidé de se rapprocher. Cette initiative n’a pas manqué de provoquer l’agacement de Washington.

« Les entreprises européennes présentes aux États-Unis pourraient subir des représailles dévastatrices si Bruxelles restreignait l’accès de Starlink à ces fréquences. »

Antenne de télécommunications s’élevant au-dessus d’arbres et de toits dans une brume dorée.
Une antenne relais de télécommunications domine un paysage rural dans la lumière du couchant. Photo : Raja Tasaduk Hussain Baba / Pexels

Andrew Puzder, ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne

Cet accord préliminaire ne lie pas encore juridiquement les quatre groupes entre eux et n’annule aucun des partenariats existants. Deutsche Telekom a déjà noué un accord avec Starlink en vue d’un lancement prévu pour 2028, tandis que Vodafone détient une structure commune avec l’Américain AST SpaceMobile ; de son côté, Orange collabore également avec AST SpaceMobile et commercialise déjà une formule Message Satellite. Quant à Starlink, il propose désormais sa propre offre Starlink Mobile, autorisant les appels via l’espace, et vient tout juste d’acquérir pour près de 8 milliards de dollars de spectre hertzien aux États-Unis.

Pour les utilisateurs, l’intérêt se situe principalement dans les zones mal couvertes, en montagne, en mer, ainsi que lors des pannes touchant les antennes terrestres.

Le service reste lointain : il faudra d’abord choisir un partenaire satellitaire, puis attendre l’adoption du règlement européen et, le cas échéant, IRIS², non attendu avant 2030.

Photo : Der_ Hördt / Pexels