PORTRAIT. Cédric Hutchings, CEO de Withings

Cédric Hutchings - Withings

Tout commence en 2008, Withings n’est encore qu’une idée dans la tête de Cédric Hutchings (aujourd’hui CEO), Éric Carrel (Président) et Fred Potter depuis parti. A une période où l’iPhone, premier smartphone grand public, est disponible en France depuis quelques mois, les trois hommes issus du monde des télécoms pensent à lancer une entreprise qui tirerait parti de ces nouveautés. Comme le résume Cédric Hutchings, aujourd’hui CEO de Withings, l’objectif à l’époque était de « rendre les objets utiles en les connectant à internet et en exploitant ce qui arrivait avec les smartphones réellement grand public ». Cette volonté de rendre les objets de la vie quotidienne plus utiles grâce à leur connectivité, Withings naît donc quelques mois plus tard. A l’époque il n’est pas encore question de santé connectée : « le fait que l’on se soit concentré sur la santé connectée est venu dans un deuxième temps, très rapidement, mais dans un deuxième temps ».

Un objectif : rendre les objets de la quotidienne plus utile grâce à leur connectivité

Quant aux raisons qui poussent les trois hommes à monter une startup à ce moment précis, Cédric Hutchings le justifie en expliquant « qu’après avoir connecté le PC, le téléphone et la télévision, et enrichit le service de ces objets, cela nous paraissait naturel, sachant que la connectivité est une donnée dans la maison, et que l’iPhone qui arrivait était une opportunité extraordinaire de proposer des applications pour des objets d’en profiter. C’est d’abord l’aspect utilitariste de l’objet connecté qui nous motivait. »

Un an plus tard, en 2009, le grand public découvre le premier produit de Withings, celui qui a fait connaitre la startup aux yeux du monde entier : sa balance connectée. Même si l’idée de connecter un tel produit peu paraître quelque peu étrange, elle était au contraire assez évidente. Pour Cédric Hutchings « c’est un produit que l’on voyait très naturellement connecté. C’est sûrement à cause de nos yeux d’ingénieurs, que l’inutilité de l’objet nous a frappé. Une balance non connectée nous paraissait parfaitement stérile sachant que c’est un objet que beaucoup de gens ont chez eux, qui nous permet de récupérer une mesure mais dont nous ne faisons au final rien. » L’autre raison que nous dévoile un peu plus tard Cédric Hutchings est le défi technologique qui se cachait derrière la balance et qui devait permettre à l’entreprise de pouvoir rapidement présenter un premier produit et de vivre de son catalogue. Mais « pour le faire bien, pour bien connecter un objet, il nous a fallu bien plus de temps que ce nous avions prévu au départ » . En effet, outre le développement de l’objet en lui même, le défi était « de créer un objet qui en fasse plus mais qui reste simple, qui soit capable de marcher sur quatre piles pendant plusieurs mois, qui pourra se connecter sans fils… ». Tout part donc de cette balance commercialisée en 2009, et qui rencontre vite un beau succès auprès des consommateurs et permet à Withings d’obtenir des retours de ses utilisateurs afin d’améliorer ses produits. « On a été submergé de mails et de retours utilisateurs qui nous disaient pour beaucoup la même chose : en achetant la balance je n’étais pas dans un état d’esprit de me lancer dans un régime, mais pour la première fois j’ai perdu des kilos. » Des retours qui proviennent d’ailleurs plus de l’autre côté de l’Atlantique, que de l’Europe. Des retours qui ont été le point déclencheur de la spécialisation de Withings sur le monde de la santé connectée.

Le premier produit de Withings, une balance connectée arrive en 2009

A l’époque, ces retours sont perçus comme extrêmement encourageant et laisse penser à Cédric Hutchings et à Withings que c’est bien la bonne voie qui s’ouvre pour la startup. En parallèle le développement de Withings à l’international se fait rapidement : une commercialisation en France de cette première balance en juin 2009, une arrivée sur le marché américain en octobre 2009, la startup n’hésite pas et se lance à la conquête de nouveaux marchés.  Force est de constater que cette stratégie a été une réussite pour Withings qui propose aujourd’hui ses produits sur un marché mondial et réalise 10% de son chiffre d’affaire en France :  50% aux États-Unis et les 40% restants dans le reste du globe. Une startup qui a également bien grandi depuis 2008 :  trois co-fondateurs en 2008 dont deux toujours présents (Éric Carrel et Cédric Hutchings), 100 collaborateurs en 2013 et désormais 160 en 2015.

Cependant pas de quoi perdre la tête ! Souvent décrit comme «un homme avec les pieds sur terre» Cédric Hutchings le confirme à demi-mots « pied sur terre peut-être dans le sens où je suis ingénieur de formation j’ai à cœur de mettre en pratique ce dont je suis convaincu. L’innovation se mesure à la capacité d’exécution, pas au nombre d’idées. Ce qui compte n’est pas tant d’avoir pleins d’idées révolutionnaires – ce qui arrive très rarement – mais d’être le meilleur et le plus rapide ».

« L’innovation se mesure à la capacité d’exécution, pas au nombre d’idées »

La France et les startups ? Alors qu’il est en tant que CEO d’une startup française qui a réussi certainement l’un des meilleurs observateurs de la politique vis-à-vis de ces jeunes entreprises Cédric Hutchings l’affirme sans aucuns doutes, oui, il est facile de créer une startup en France, mais plus difficile de la développer. Des propos qu’il nuance quelques secondes plus tard car « c’est en train de changer ». Ainsi, comme l’avait déjà dit Xavier Niel, la France peut être vue comme un paradis fiscal pour les startups. Cédric Hutchings acquiesce et salue l’existence de nombreux dispositifs « comme le crédit impôts recherches et le statut de jeune entreprise innovante qui abaisse les barrières de création d’entreprises innovantes et technologies. C’est un vrai avantage pour la France ! »

Pour ce qui est de la difficulté à développer une entreprise Cédric Hutchings voit deux raisons principales à cela : « une difficulté d’ordre culturel et une difficulté d’ordre pratique, financier… Culturel parce que l’on a du mal à être dans un état d’esprit plus proche de celui que l’on trouve aux États-Unis à savoir de penser rapidement grand, international. La France est un petit marché pour ce qui est de l’électronique grand public. Il faut lorsque l’on fait un objet nouveau être rapidement disponible hors de la  France. Mais ceci n’est pas forcément le cas lorsque l’on part des États-Unis. » avant d’ajouter tout en rigolant qu’il faut rêver et justement ne pas être trop terre à terre. De quoi le rendre totalement d’accord avec Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, lorsque celui-ci encourage les entreprises à célébrer leurs succès. « C’est bien plus que de la communication, pas simplement du wishfull thinking. Je pense que ça a de réelles implications, des conséquences, ça crée de la valeur » commente-t-il.

Quant à la deuxième difficulté que rencontre les startups en mal de croissance à savoir le financement Cédric Hutchings constate là aussi que la donne est en train de changer. « Withings a notamment été l’un des premiers investissements de la BPI (Banque Publique d’Investissement), ce sont des fonds d’accélération ».

Il faut voir les choses en face : je suis extrêmement geek

Portrait de geek. Très peu actif sur les réseaux sociaux, Cédric Hutchings préfère consulter plutôt que de publier. Pour autant, lorsqu’on lui demande s’il se définirait comme geek, il répond oui, en précisant « si ce que l’on définie comme geek est une personne ayant une certaine appétence pour la technologie, alors il faut voir les choses en face : je suis extrêmement geek ! ». Or, s’il n’est pas très actif sur les réseaux sociaux, certaines applications sont toujours à ses côtés, c’est le cas de Spotify Connect qui à ses yeux est « un modèle de simplicité et d’intégration ».

Deux termes, simplicité et intégration auxquels il semble d’ailleurs être très attaché et que l’on retrouve aussi bien chez Withings que dans sa vie où il essaye au maximum d’éviter les fils. Ces deux mots lui font également penser à la montre Activité présentée par Withings en juin dernier et qui traduit l’idée de la marque : « la technologie n’a pas besoin d’être criante pour être utile. L’objectif est de faire des objets cool et sexy que l’on a envie d’avoir sur soi ». Quand on en profite pour lui demander s’il a déjà rêvé ou eu envie de diriger une entreprise autre que Withings, il avoue n’y avoir jamais réfléchi mais pense tout de même à une certaine marque à la pomme.

L’avenir ? Concernant le futur de Withings, Cédric Hutchings annonce travailler autant sur de nouveaux produits qu’à l’amélioration des produits déjà existants. Un renouvellement permanent qui va conduire Withings à « travailler énormément cette année sur les applications et les services, il faut s’attendre à voir de belles choses sur nos applications » prédit-il. Et si certains se posaient la question avec Home – la caméra connectée de Withings – de l’arrivée de la marque dans le domaine de la domotique, Cédric Hutchings commence par préciser qu’il n’aime pas du tout ce terme de domotique avant d’ajouter que « lorsque l’on s’occupe de la santé et du bien-être il y a trois grands domaines : la physiologie à savoir les mesures sur vous, votre comportement comme les mesures de votre activité et l’environnement avec par exemple la qualité de l’air chez vous qui va aussi impacter votre santé. Dans cette situation bien sûr que la maison nous intéresse. Quand il y a un lien avec la santé, et on pense qu’il y en aura de plus en plus, ça a un intérêt ! ».

La santé et la domotique vont avoir de plus en plus de liens

Un conseil ? « Si je devais donner un conseil à une startup aujourd’hui, ça serait d’aller très vite à l’international, car le temps médiatique aujourd’hui est court et est un village. La presse de l’innovation fait trois fois le tour du monde en 24 heures, il faut donc saisir ce moment-là, au moment où l’on peut-être présent dans le plus de pays possible. »

Interview réalisée par Grégoire Martinez et initialement publiée dans L’actu Techno 01. Plus de détails www.lactutechno.com/magazine !