ANALYSE – Tout comprendre sur la vente de SFR en trois questions

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Depuis quelques jours la planète internet et le secteur des télécoms sont en ébullition : SFR est à vendre ! Cette nouvelle qui n’est finalement pas si nouvelle que cela puisque nous savons que Vivendi, la maison-mère de l’opérateur au carré rouge cherche à se séparer de sa filiale depuis maintenant plus d’un an n’en reste cependant pas moins importante. En effet, en France le marché des télécoms est l’un des plus importants dans le grand monde des technologies et la possible disparition de l’un de ses acteurs secoue le web !

  • Pourquoi cette vente ?

Pour bien comprendre où en est aujourd’hui le marché des télécoms en France, il est nécessaire de revenir quelques années en arrière. Pendant de nombreuses années et jusqu’au début de l’année 2012, le marché était divisé entre trois opérateurs : Orange, l’opérateur historique, SFR appartenant à Vivendi et Bouygues Telecom filiale du groupe de BTP du même nom. Tout allait alors pour le mieux entre les trois opérateurs qui ne se gênaient pour ajuster leur prix au vu de la concurrence, certains ne se gêneront dérailleurs pas pour dire qu’il n’y avait pas de concurrence, preuve en est la condamnation en 2005 des trois opérateurs pour entente illégale sur le prix de facturation des SMS.

Seulement, début 2012, le groupe Iliad propriétaire de Free et Xavier Niel son patron débarque dans le secteur des télécoms avec des forfaits à prix cassés ! 20€ le forfait appels, SMS, MMS illimités et 3Go d’internet quand il fallait jusque là compter pas moins du double pour la même chose ! Ce qui était prévisible arriva et les trois opérateurs historiques se sont immédiatement retrouvé face à une fuite de leurs clients. Ainsi, durant toute l’année 2012 et le début de l’année 2013 les opérateurs ont du faire face à une baisse leurs revenus et certains ont décidé de supprimer des postes en raison de leurs pertes. Cette situation pour le moins coûteuse pour les actionnaires a poussé Vivendi, maison-mère de SFR a cherché à vendre son opérateur, cela également pour se recentrer sur ses activités de divertissements. Or, depuis quelques semaines les choses semblent s’accélérer !

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La raison de cet emballement médiatique autour du rachat annoncé depuis maintenant un an est somme toute assez simple ! Depuis quelques semaines diverses rumeurs plus ou moins fondées annonçaient une possible alliance entre le cablo-opérateur Numericable et SFR, alors que d’autres envisageait un possible rachat de Bouygues Telecom par Free. Si l’on sait aujourd’hui que la première était fondée et la seconde nettement moins, il n’en reste pas moins que cela a agité la toile alors que, dans le même temps Vivendi cherchait lui aussi à faire accélérer les choses comme l’indique une source au journal Le Monde : « Il y a beaucoup de choses qui sont dites dans la presse, mais rien de concret n’est encore arrivé chez Vivendi, qui a voulu siffler la fin de la récréation ». Cette « cuisine » nous conduit à la situation actuelle avec l’omniprésence dans les médias de ce rachat.

  • Quels sont les acteurs de ce rachat ?

De nombreux acteurs ont aujourd’hui leur mot à dire dans ce rachat. Outre Vivendi qui est au première loge, on cite parmi les acheteurs plusieurs noms dont ce de grands opérateurs pour investir dans le deuxième opérateur mobile français. Tout d’abord il important de comprendre l’importance de Vivendi dans le milieu du divertissement : cette multinationale française, deuxième compagnie de divertissement juste après Walt Disney détient entre autre la maison de production Universal où encore la chaîne Canal+ ce qui lui permet de dominer le secteur. Principal fournisseur de contenus en Europe, Vivendi était également jusqu’il y a peu très actif dans le monde des télécoms avec SFR, mais aussi l’opérateur brésilien GVT ou encore Maroc Telecom dont la cession a été annoncée il y a un peu plus d’un an.

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Du côté des possibles acheteurs, nous en savons un peu plus depuis peu. En effet, nous sommes désormais certains que Numericable va déposer une offre avec le soutient de son actionnaire Altice et s’est engager sur l’emploi : « L’offre est finalisée depuis une semaine, dans des termes mutuellement agréés, les avocats des deux parties sont simplement en train de la formaliser pour signature imminente et la soumettre au conseil de surveillance de Vivendi ». L’autre possible repreneur est l’un des trois opérateurs mobile puisqu’il s’agit de Bouygues Telecom qui lui n’a toujours rien déposé chez Vivendi comme l’ont indiqué des proches de la direction à nos confrères du journal Le Monde, mais qui devrait toujours selon Le Monde faire une offre avant ce soir 20 heures, date buttoir fixée par Vivendi.

Toujours parmi les acteurs de ce rachat citons Xavier Niel et Free Mobile qui s’ils ne semblent pas prêt à déposer une offre de rachat surveille tout de même la situation qui pourrait selon les offres bouleverser grandement le marché des télécoms. Un autre acteur et non des moindres surveillent également cela de prêt : le gouvernement et Arnaud Montebourg indiquant que « S’il s’agit de sociétés privées, le secteur est réglementé et beaucoup d’emplois sont en jeu ». Enfin, et même s’ils ne l’ont pas indiqué clairement deux autres acteurs publiques surveillent ce rachat : l’autorité de régulation de la concurrence et l’ARCEP (Autorité de Régulations des Communications Électroniques et des Postes) qui devront valider ou non ce rachat qui viendra bouleverser le secteur des télécoms.

Xavier Niel, main shareholder of French broadband Internet provider Iliad, speaks during a news conference to launch the new Freebox Revolution in Paris

  • Quels sont les enjeux de cette vente ?

Si cette vente est si importante aux yeux des pouvoirs publics comme des médias, c’est tout simplement car il intervient sur le très sensible marché des télécoms. En effet, ce marché nous concerne tous à travers nos divers abonnements personnels ou professionnels pour une ligne mobile, une ligne fixe, un abonnement internet… De plus, il faut savoir que ce marché pèse en France 70 milliards d’euros ce qui est fait l’un des plus importants. Toujours au rang des enjeux : le consommateur ! Il ne vous aura en effet pas échappé que depuis l’arrivée de Free sur le marché votre facture mobile a baissé et il ne faudrait pas que ce rachat entraîne une nouvelle hausse des prix qui ne serait au final favorable à personne : ni au marché, ni aux consommateurs !

Autre enjeux de ce rachat : les investissements ! En effet, le marchés des télécoms demande en permanence de très gros investissements avec par exemple la nécessité aujourd’hui de financer le déploiement des réseaux 4G et demain celui des réseaux 5G. Tout cela ayant, comme le souligne nos confrères des Echos, un impact sur les résultats financiers des acteurs du secteur qui peinent à faire des profits. De plus, la situation est ici très complexe car en cas de rachat par Bouygues Telecom, nous aurions à faire face à un duopole entre Bouygues et Orange qui représenterait presque 95% du marché, pas forcément bon pour la concurrence. A l’inverse, si Numericable était le repreneur de l’opérateur au carré rouge, Bouygues Telecom et Free se verraient isoler face à deux très grosses entités : Orange et Numericable.

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Au final, vous l’aurez compris, ce rachat comporte plusieurs risques dont celui d’une hausse des prix ou encore celui de freiner la concurrence. C’est donc ici une équation complexe qui se pose devant le conseil de surveillance de Vivendi comme devant les pouvoirs publics. Il reste donc à l’heure actuelle impossible de savoir qui remportera la vente de SFR, ni même de savoir si cette vente pourra être entérinée comme telle par l’autorité de la concurrence.

5 Comments

  • thibault dit :

    Cela a un rapport avec les coupures SFR de cet après-midi ?

  • Delphine dit :

    Bonjour,

    Je me pose la question des conséquences de ce rachat pour les clients SFR … si quelqu’un pouvait éclairer ma lanterne … merci

    • Grégoire Martinez Grégoire Martinez dit :

      Bonjour Delphine,
      Dans l’immédiat rien, lors de la vente on aura une mutualisation des réseaux, peut-être un nouveau nom d’opérateur et pour les prix pour le moment c’est difficile à dire. Tout va dépendre du partenaire choisi par Vivendi…
      Espérant vous avoir éclairé,

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