Vers la fin de « l’âge d’or » du trafic de drogue sur le Darknet ?

Rendu public mardi, l’important coup de filet dans les milieux de la vente de drogue sur le Darknet signerait, selon Europol, la fin de “l’âge d’or” de ce commerce dans les recoins sombres du Web. Une annonce précipitée ?

Les drogues sur le Darknet, c’est fini ? À en croire Europol, « l’âge d’or » de ce trafic sur ces recoins du Web, invisibles au grand public car non-indexés par les moteurs de recherche, a pris fin après la vaste opération, rendue publique mardi 22 septembre. Elle a abouti à l’arrestation de 179 vendeurs de drogue en ligne.

C’est « l’une des plus importantes opérations » contre le trafic de stupéfiants sur le Darknet, confirme le site spécialisé Wired. Les polices de neuf États ont collaboré pendant plusieurs mois pour aboutir à ces arrestations, dont la plupart ont eu lieu aux États-Unis, mais aussi dans cinq autres pays (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Autriche et Royaume-Uni).

Les suites du démantèlement du site Wall Street Market

Le ministère américain de la Justice s’est, en particulier, félicité de l’arrestation de cinq trentenaires suspectés d’être à la tête de « l’un des plus importants réseaux américains de vente de drogue en ligne ».

Ce coup de filet a permis de saisir 6,5 millions de dollars et 500 kg de drogues, essentiellement de la famille des opioïdes, telles que du fentanyl, de l’héroine, ou encore de l’oxycodone. « C’est clairement une opération qui entre dans le cadre de la lutte contre la crise des opioïdes aux États-Unis », note Félix Aimé, expert en cybersécurité pour Kaspersky et qui a travaillé sur la cybercriminalité sur le Darknet, contacté par France 24.

L’opération, baptisée DisrupTor, a été rendue possible par le démantèlement en mai 2019 de Wall Street Market, qui était le deuxième plus important site de vente en ligne de drogues sur le Darknet, selon Europol. « À l’instar des autres grandes plateformes similaires, il comptait des dizaines de milliers de vendeurs et des centaines de milliers d’utilisateurs », précise Félix Aimé.

À l’occasion de cette « descente » virtuelle, les enquêteurs ont pu mettre la main sur les serveurs de cet « Amazon des stupéfiants ». De quoi leur fournir toutes les informations personnelles nécessaires pour procéder aux interpellations.

Au point de vue des arrestations, l’opération DisrupTor a eu un impact bien plus important que les très médiatiques fermetures, en 2013, de The Silk Road, considéré comme l’ancêtre des sites de vente de drogues sur le Darknet, et d’Alphabay, qui fut, jusqu’en 2017, le roi incontesté du e-commerce de stupéfiants.

La fin d’un âge d’or… qui n’existait plus

Mais est-ce suffisant pour crier victoire dans la guerre contre la vente de drogue sur le Darknet, comme l’a fait Europol ? « Ce n’est pas la première fois que les autorités se vantent d’avoir porté un coup fatal à ce commerce, avant qu’un nouveau site ne reconstruise un empire sur les cendres de celui qui vient de disparaître. Donc attendons de voir », rappelle à France 24 un expert britannique de la vente de drogue en ligne qui a préféré gardé l’anonymat. « Cela aura peut-être un impact sur l’offre à court terme, mais ce n’est pas ça qui fera disparaître la demande, donc le marché risque de s’adapter », estime Joe Tidy, spécialiste des questions de cybersécurité pour la BBC.

De son côté, Félix Aimé doute de toute façon qu’il y ait encore un véritable « âge d’or » des supermarchés de stupéfiants sur le Darknet. « À la grande époque de The Silk Road [au début des années 2010, NDLR], on pouvait parler d’un engouement réel pour ce secteur, mais il est déjà en déclin depuis plusieurs années », croit-il savoir.

À ses yeux, l’opération DisrupTor a beau être très importante dans son ampleur, elle n’en demeure pas moins un coup porté à un ennemi déjà salement amoché. La confiance des acheteurs dans ces plateformes sur le Darknet n’est plus au beau fixe depuis que les polices du monde entier ont multiplié les opérations contre ces différents sites. « Elles ont exposé l’un des défauts majeurs de ce système : il est centralisé. Du coup, lorsque les autorités réussissent à saisir les serveurs, et elles le font de plus en plus, elles ont aussi accès à des informations pouvant mener à l’identification des utilisateurs », résume Félix Aimé.

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